EFETA

Escuela Feminista de Teología de Andalucía

Galería de Arte e Historia

Mes a Mes

Junio

Madeleine de Scudéry

(Havre, 15 de noviembre de 1607 — París, 2 de junio de 1701)

Madeleine de Scudéry, la que será conocida como “la ilustre Safo” o “la ninfa del Marais”, nace en el Havre en 1607, hija de una familia de la pequeña nobleza venida a menos. Muy pronto quedará huérfana de padre y madre, siendo educada por un tío, que le proporcionó una cultura muy elevada para lo que era habitual entre las mujeres de su época. Hacía 1635 se instala en París junto a su hermano Georges de Scudéry (1601-1667) que compagina su oficio militar con una cierta carrera como dramaturgo. Tiene la suerte de frecuentar el Salón de la marquesa de Rambouillet (Catherine “Arthénice” de Vivonne), la famosa Estancia Azul (Chambre bleue), posiblemente el foco principal de esa eclosión cultural, protagonizada por mujeres, que establece las bases de una razón dialógica y se constituye en uno de los polos de la Ilustración. Pronto aparecerán obras suyas como Ibrahim, una novela heroica, o Les femmes illustres, donde la arenga de Sapho a Erinne constituye un verdadero alegato a favor de la capacidad intelectual de las mujeres. Como ha sido tan habitual, estas obras y varias de las posteriores aparecerán bajo el nombre de su hermano. Entre 1644 y 1647 acompañará a Georges que ha sido nombrado gobernador del fuerte de Notre Dame de la Garde de Marsella. A su regreso comenzará uno de sus más conocidos romans à clé (aunque normalmente las identificaciones son, al menos, translúcidas): Artamène ou le Grand Cyrus, a la que se considera la novela más larga realizada en francés (13.095 páginas en la edición original). En esta obra se idealiza tanto el ambiente intelectual del Hôtel de Rambouillet como algunos de los acontecimientos de la Fronda de los príncipes durante la minoría de edad de Luis XIV, con la regencia de Ana de Austria y Mazarino. Los protagonistas son Madame de Longueville (a la que está dedicado el libro) y el Gran Condé, pero entre los protagonistas podemos encontrar a Madame de Rambouillet como Cléomire, Julie de Montausier como Philonide, o Madame de Sablé como la princesa de Salamis. El exilio de su hermano en 1654 permitirá a Madeleine una mayor autonomía y mantener su propio Salón. Fruto de las elevadas conversaciones, del ingenio (esprit) que se respira en esas tertulias, a las que entre otros asisten Madame de La Fayette, Madame de Sévigné o el duque de La Rochefoucauld, serán las Chroniques du Samedi (por el día de recepción), donde está implícita su larga relación con el intelectual Paul Pellison (1624-1693). También tuvieron gran éxito los diez volúmenes de Clélie, histoire romaine, donde de la misma manera que en Artamène, novela y estiliza la época, canto de cisne de la aristocracia tradicional, entre la Fronda y el comienzo del reinado personal de Luis XIV, donde, en cierto modo, los salones femeninos tradicionales verán transformarse su papel. Con Clélie, más aún que con Artamène, Mlle de Scudéry desarrolla su increíble capacidad de penetración psicológica en los retratos que realiza de los distintos personajes, apenas disimulados trasuntos de contemporáneos suyos, y además pondrá de moda las “questions d’amour”. Dentro de esta novela río se encuentra el famoso fragmento con la descripción de la Carte de Tendre (citada íntegramente más abajo), ese paisaje imaginario y sutil de los sentimientos. Logrará sobreponerse a la derrota de la Fronda, o la caída en desgracia de Fouquet (al que estaba ligado Pellison), manteniendo la admiración de gran parte de los intelectuales, la nobleza y la Corte (sus Conversations serán elegidas por Madame de Maintenon como lectura para el colegio femenino de Saint-Cyr, aunque la reacción anti-mundana pronto los suprimió). Madeleine de Scudéry sostuvo una independencia feroz, aunque precaria, al mantenerse soltera y conseguir diversas ayudas monetarias de sus amigos y la Corona. Por derecho propio se convirtió en una de las principales representantes de eso tan francés y tan evanescente que fue la Préciosité, esa cultura esencialmente femenina que aunaba erudición, elegancia, refinamiento, en definitiva esprit y bon goût, y que permitió a Cristina de Suecia uno de sus mejores rasgos de ingenio al definir a las “Preciosas” como las jansenistas del amor. Fue la primera mujer que recibió el Premio de la elocuencia por parte de la Académie Française (por su Discours de la Glorie; aunque ella misma, en tanto mujer, no podía ser miembro de tan magna institución como si lo fueron su hermano o Pellison). Un éxito tan destacado no podía dejar de concitar animadversión, y tuvo que sufrir la críticas de Nicolas Boileau, el legislador del Parnaso, o la ridiculización fruto de la pluma de Moliere, que la representa bajo el transparente nombre de Magdelon en las Précieuses ridicules. Tras su muerte (y una muy larga vida), y los cambios de gustos, un largísimo silencio (solo roto en lo anecdótico) ha caído sobre su obra.

Obras destacadas

  • Ibrahim ou l’Illustre Bassa (Paris, Antoine de Sommaville,1641) 4 vol. Firmado inicialmente, como varias de las primeras obras por su hermano Georges.
  • Les Femmes Illustres, ou Harangues héroïques (Paris, Sommaville et Courbé, 1642).
  • Artamène ou le Grand Cyrus (Paris, Augustin Courbé, 1649-1653) 10 vol.
  • Chroniques du Samedi, suivies de pièces diverses. (1653-1654). Con la colaboración de Paul Pellison y otros asistentes a su salón.
  • Clélie, Histoire romaine (Paris, Augustin Courbé, 1654-1660) 10 vol.
  • Almahide ou l’esclave reine (París, Augustin Courbé, 1660-1663).
  • Célinte, Nouvelle Première (Paris, Augustin Courbé, 1661).
  • Mathilde d’Aguilar (Paris, Edme Martin, 1667).
  • La Promenade de Versailles, dédiée au Roy, suivie de Celanir (Paris, Claude Barbin, 1669).
  • Discours de la gloire (Paris, P. Le Petit, 1671).
  • Conversations sur divers sujets, (Paris, Claude Barbin, 1680) 2 vol.
  • Conversations nouvelles sur divers sujets, (Paris, Claude Barbin, 1684) 2 vol.
  • La Morale du Monde, ou Conversations (Paris, Sur le Quai des Augustins, 1686) 2 vol.
  • Nouvelles conversations de morale (Paris, Vve Mabre-Cramoisy, 1688) 2 vol.
  • Entretiens de morale (Paris, Anisson, 1692) 2 vol.

Un texto

“Vous vous souvenez sans doute bien, madame, qu'Herminius avait prié Clélie de lui enseigner par où l'on pouvait aller de Nouvelle-Amitié à Tendre, de sorte qu'il faut commencer par cette première ville qui est au bas de cette carte pour aller aux autres; car, afin que vous compreniez mieux le dessein de Clélie, vous verrez qu'elle a imaginé qu'on pouvait avoir de la tendresse pour trois causes différentes : ou pour une grande estime, ou par reconnaissance, ou par inclination; et c'est ce qui l'a obligée à établir ces trois villes de Tendre sur trois rivières qui portent ces trois noms et de faire aussi trois routes différentes pour y aller. Si bien que, comme on dit Cumes sur la mer d'Ionie et Cumes sur la mer de Tyrrhène, elle fait qu'on dit Tendre-sur-Inclination, Tendre-sur-Estime et Tendre-sur-Reconnaissance. Cependant comme elle a présupposé que la tendresse qui naît par inclination n'a besoin de rien autre chose pour être ce qu'elle est, Clélie, comme vous le voyez, madame, n'a mis nul village le long des bords de cette rivière qui va si vite qu'on n'a que faire de logement le long de ses rives pour aller de Nouvelle-Amitié à Tendre. Mais, pour aller à Tendre-sur-Estime, il n'en est pas de même, car Clélie a ingénieusement mis autant de villages qu'il y a de petites et de grandes choses qui peuvent contribuer à faire naître par estime cette tendresse dont elle entend parler. En effet vous voyez que de Nouvelle-Amitié on passe à un lieu qu'on appelle Grand Esprit, parce que c'est ce qui commence ordinairement l'estime; ensuite vous voyez ces agréables villages de Jolis Vers, de Billet galant et de Billet doux, qui sont les opérations les plus ordinaires du grand esprit dans les commencements d'une amitié. Ensuite, pour faire un plus grand progrès dans cette route, vous voyez Sincérité, Grand Cœur, Probité, Générosité, Respect, Exactitude, Bonté, qui est tout contre Tendre, pour faire connaître qu'il ne peut y avoir de véritable estime sans bonté et qu'on ne peut arriver à Tendre de ce côté-là sans avoir cette précieuse qualité. Après cela, madame, il faut, s'il vous plaît, retourner à Nouvelle-Amitié pour voir par quelle route on va de là à Tendre-sur-Reconnaissance. Voyez donc, je vous en prie, comment il faut d'abord aller de Nouvelle-Amitié à Complaisance; ensuite à ce petit village qui se nomme Soumission et qui touche à un autre fort agréable qui s'appelle Petits Soins. Voyez, dis-je, que de là il faut passer par Assiduité, pour faire entendre que ce n'est pas assez d'avoir durant quelques jours tous ces petits soins obligeants qui donnent tant de reconnaissance, si on ne les assidûment. Ensuite vous voyez qu'il faut passer à un autre village qui s'appelle Empressement et ne faire pas comme certaines gens tranquilles qui ne se hâtent pas d'un moment, quelque prière qu'on leur fasse et qui sont incapables d'avoir cet empressement qui oblige quelquefois si fort. Après cela vous voyez qu'il faut passer à Grands Services et que, pour marquer qu'il y a peu de gens qui en rendent de tels, ce village est plus petits que les autres. Ensuite il faut passer à Sensibilité, pour faire connaître qu'il faut sentir jusqu'aux plus petites douleurs de ceux qu'on aime. Après il faut, pour arriver à Tendre, passer par Tendresse, car l'amitié attire l'amitié. Ensuite il faut aller à Obéissance, n'y ayant presque rien qui engage plus le cœur de ceux à qui on obéit que de le faire aveuglément; et, pour arriver enfin où l'on veut aller, il faut passer à Constante Amitié, qui est sans doute le chemin le plus sûr pour arriver à Tendre-sur-Reconnaissance. Mais, madame, comme il n'y a point de chemins où l'on ne se puisse égarer, Clélie a fait, comme vous le pouvez voir, que ceux qui sont à Nouvelle-Amitié prenaient un peu plus à droite ou un peu plus à gauche, ils s'égareraient aussitôt; car, si au partir du Grand-Esprit, on allait à Négligence que vous voyez tout contre cette carte, qu'ensuite continuant cet égarement on aille à Inégalité; de là à Tiédeur, à Légèreté et à Oubli, au lieu de se trouver à Tendre-sur-Estime on se trouverait au lac d'Indifférence que vous voyez marqué sur cette carte et qui, par ses eaux tranquilles, représente sans doute fort juste la chose dont il porte le nom en cet endroit. De l'autre côté, si, au partir de Nouvelle-Amitié, on prenait un peu trop à gauche et qu'on allât à Indiscrétion, à Perfidie, à Orgueil, à Médisance ou à Méchanceté, au lieu de se trouver à Tendre-sur-Reconnaissance, on se trouverait à la mer d'Inimitié où tous les vaisseaux font naufrage et qui, par l'agitation de ses vagues, convient sans doute fort juste avec cette impétueuse passion que Clélie veut représenter. Ainsi elle fait voir par ces routes différentes qu'il faut avoir mille bonnes qualités pour l'obliger à avoir une amitié tendre et que ce qui en ont de mauvaises ne peuvent avoir part qu'à sa haine ou à son indifférence. Aussi cette sage fille voulant faire connaître sur cette carte qu'elle n'avait jamais eu d'amour et qu'elle n'aurait jamais dans le cœur que de la tendresse, fait que la rivière d'Inclination se jette dans une mer qu'on appelle la Mer dangereuse, parce qu'il est assez dangereux à une femme d'aller un peu au delà des dernières bornes de l'amitié; et elle fait ensuite qu'au delà de cette Mer, c'est ce que nous appelons Terres inconnues, parce qu'en effet nous ne savons point ce qu'il y a et que nous ne croyons que personne ait été plus loin qu'Hercule; de sorte que de cette façon elle a trouvé lieu de faire une agréable morale d'amitié par un simple jeu de son esprit, et de faire entendre d'une manière assez particulière qu'elle n'a point eu d'amour et qu'elle n'en peut avoir. Aussi, Aronce, Herminius et moi trouvâmes-nous cette carte si galante que nous la sûmes devant que de nous séparer. Clélie priait pourtant instamment celui pour qui elle l'avait faite de ne la montrer qu'à cinq ou six personnes qu'elle aimait assez pour la leur faire voir, car, comme ce n'était qu'un simple enjouement de son esprit, elle ne voulait pas que de sottes gens, qui ne sauraient pas le commencement de la chose, et qui ne seraient pas capables d'entendre certaine nouvelle galanterie, allassent en parler selon leur caprice ou la grossièreté de leur esprit. Elle ne put pourtant être obéie, parce qu'il y eut une certaine constellation qui fit que, quoiqu'on ne voulût montrer cette carte qu'à peu de personnes, elle fit pourtant un si grand bruit par le monde qu'on ne parlait que de la Carte de Tendre. Tout ce qu'il y avait de gens d'esprit à Capoue écrivirent quelque chose à la louange de cette carte soit en vers, soit en prose, car elle servit de sujet à un poème fort ingénieux, à d'autres vers fort galants, à de fort belles lettres, à de fort agréables billets et à des conversations si divertissantes que Clélie soutenait qu'elles valaient mille fois mieux que sa carte, et l'on ne voyait alors personne à qui l'on ne demandât s'il voulait aller à Tendre. En effet cela fournit durant quelque temps d'un si agréable sujet de s'entretenir qu'il n'y eut jamais rien de plus divertissant. Au commencement Clélie fut bien fâché qu'on en parlât tant, car enfin, disait-elle un jour à Herminius, pensez-vous que je trouve bon qu'une bagatelle que j'ai pensé qui avait quelque chose de plaisant pour notre cabale en particulier, devienne publique, et que ce que j'ai fait pour n'être vu que de cinq ou six personnes qui ont infiniment de l'esprit, qui l'ont délicat et connaissant, soit vu de deux mille qui n'en ont guère, qui l'ont mal tourné et peu éclairé, et qui entendent fort mal les plus belles choses? Je sais bien que ceux qui savent que cela a commencé par une conversation qui m'a donné lieu d'imaginer cette carte en un instant ne trouveront pas cette galanterie chimérique ni extravagante; mais, comme il y a de forts étranges gens par le monde, j'appréhende extrêmement qu'il n'y en ait qui s'imaginent que j'ai pensé à cela fort sérieusement, que j'ai rêvé plusieurs jours sans le chercher et que je croyais avoir fait une chose admirable. Cependant c'est une folie d'un moment, que je ne regarde tout au plus que comme une bagatelle qui a peut-être quelque galanterie et quelque nouveauté pour ceux qui ont l'esprit assez bien tourné pour l'entendre. Clélie n'avait pourtant pas de raison de s'inquiéter, madame, car il est certain que tout le monde prit tout à fait bien cette nouvelle invention de faire savoir par où l'on peut acquérir la tendresse d'une honnête personne qu'à la réserve de quelques gens grossiers, stupides, malicieux ou mauvais plaisants, dont l'approbation était indifférente à Clélie, on en parle avec louange; encore tira-t-on même quelque divertissement de la sottise de ces gens-là, car il y eut un homme entre les autres qui, après avoir vu cette carte qu'il avait demandé à voir avec une opiniâtreté étrange, et qui après l'avoir entendu louer à de plus honnêtes gens que lui, demanda grossièrement à quoi cela servait et de quelle utilité était cette carte. Je ne sais pas, lui répliqua celui à qui il parlait, après l'avoir repliée fort diligemment, si elle servira à quelqu'un, mais je sais bien qu'elle ne vous conduira jamais à Tendre. Ainsi, madame, le destin de cette carte fut si heureux que ceux mêmes qui furent assez stupides pour ne l'entendre point servirent à nous divertir, en nous donnant sujet de nous moquer de leurs sottises.”

Madeleine de Scudéry.
Clélie, histoire romaine. Premiere partie.
(París, Augustin Courbé, 1660),
pp. 399-410.

Sobre ella han dicho

“[Madeleine de Scudéry] En la ‘Harangue de Sapho à Erinne’, publicada en las Femmes illustres (1642), fue la primera en reivindicar, discreta pero firmemente, el derecho de las mujeres a cultivarse y a escribir versos. Sus novelas promovían un modelo de sociabilité que estimulaba la curiosidad intelectual y la afición por el análisis psicológico, y su modestia, su diplomacia, su tacto le habían permitido, bajo el transparente velo del anonimato, publicar sus libros y ganarse la vida al margen de críticas malévolas. Pero ahora, a principios de los años cincuenta, una vez independizada de su tiránico hermano, fortalecida por su gran éxito, Mademoiselle ya no se conforma con ser la novelista de la sociedad mundana y se da el gusto de tener un salón propio. Las reuniones del sábado en la rue de Beauce, en el Marais, eran muy diferentes a las que se celebraban en la Estancia Azul. Los habituales de Mademoiselle de Scudéry no pertenecían al mundo de la aristocracia sino al de las letras: eran savants, críticos, poetas, y tanto sus conversaciones como sus distracciones entrañaban un carácter de experimentación literaria. Un pequeño grupo de señoras, no sólo aristócratas sino también burguesas, era admitido para admirar esta competición semanal de brío intelectual, sensibilidad y bel esprit.”

Benedetta Craveri
La cultura de la conversación
(Madrid, Siruela, 2003), pp. 206-207

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